Non à la disneylandisation du Débarquement !

« Non à la disneylandisation du Débarquement ! »

Disneylandiser le Débarquement : voilà le nouveau concept incongru porté par quelques promoteurs dont certains principes moraux ont, semble-t-il, été rattrapés par leurs visées entrepreneuriales. Fruit d’une terrible erreur d’appréciation, ce vaste parc touristique autour du D-Day devrait voir le jour à l’été 2024, année du 80e anniversaire du débarquement des Alliés sur les plages normandes… Autant dire que, tant dans le fond que dans la forme, ce projet soutenu maladroitement par le conseil régional de Normandie et son président, Hervé Morin, s’avère totalement inacceptable. Il est donc légitime que cette annonce suscite l’indignation d’un grand nombre de Français et, par-delà les frontières, de nos amis américains, britanniques et canadiens.

Les tenants et aboutissants de ce parc d’attractions sont purement mercantiles. Il ne s’agit en aucun cas d’une manière de rendre hommage à ceux qui ont été blessés dans leur âme, dans leur chair ou ont donné leur vie pour libérer notre pays de la barbarie nazie. Transmettre aux générations futures et se souvenir, ce n’est certainement pas tourner la guerre en spectacle et renvoyer une image fantasmée de celle-ci à qui ne l’a jamais faite. Ce n’est pas attirer les foules avec des manèges ni vendre des glaces dans les allées d’un village normand faussement semblable à celui qu’il aurait pu être dans les années 1940. C’est encore moins porter atteinte à la mémoire de ceux qui ont payé le prix du sang.

Monsieur Morin, vous qui avez été ministre de la Défense et arguiez il y a quelques années avoir été élevé « avec les croix blanches des soldats canadiens et américains dans les cimetières et [celles] des enfants morts pour notre liberté », comment pouvez-vous encourager une telle intention ?

Les vestiges de ce 6 juin 1944 – jour où les forces alliées ainsi que les 177 bérets verts du commandant Kieffer ont débarqué sur les plages de Normandie pour libérer notre pays – sont encore bien présents aujourd’hui : mur de l’Atlantique, Pont de Bénouville, Sword Beach, restes d’éclats d’obus et de vieilles munitions… Chaque village normand porte les marques indélébiles du Débarquement et de la bataille de Normandie qui ont coûté la vie à plus de 260 000 civils et militaires, français ou étrangers. Cette page douloureuse de notre histoire ne saurait servir de prétexte à un tourisme de masse indécent qui viendrait d’ailleurs porter préjudice aux véritables sites historiques et aux nombreux musées recensés dans la région.

Le devoir de mémoire, ce n’est pas sombrer dans le sensationnel, la mise en scène, le divertissement et le consumérisme. C’est tirer les leçons du passé, faire preuve de pédagogie et témoigner des valeurs portées et des actions menées par ceux qui se sont battus avec courage et sens du devoir pour notre liberté ; cela dans le plus grand respect et avec une profonde humilité.

 

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